Il y a des patients qui arrivent au cabinet après quelques jours de douleur et puis il y a ceux qui arrivent après plusieurs semaines, plusieurs mois, parfois plusieurs années. Qui cherchent si « quelqu’un à déjà eu la même chose que moi » sur internet.
Ils ont déjà consulté un médecin. Parfois plusieurs. Ils ont fait des examens. On leur a parfois dit que tout était normal. Ils ont essayé des médicaments, des séances de kinésithérapie, de l’ostéopathie, des exercices, du repos…
Mais quelque chose est toujours là. Une douleur qui revient. Une gêne difficile à décrire. Une sensation étrange. Un mouvement qui déclenche systématiquement le symptôme et surtout, cette impression de ne pas avoir encore trouvé la bonne piste.
C’est souvent à ce moment-là que les recherches sur Internet deviennent beaucoup plus précises. On ne cherche plus simplement « mal au dos » mais douleur en regard de la 4eme lombaire quand je pivote et me penche.On cherche alors si quelqu’un a déjà eu la même chose.
Même chose que moi ?
Parfois, au milieu de toutes ces recherches, on tombe sur l’histoire de quelqu’un qui décrit exactement ce que l’on ressent. J’ai eu le cas d’une patiente qui ne trouvait pas de solution malgrè plusieurs consultations et qui par ses recherches a su trouver un détail dans un cas clinique que j’ai écris. Ce détail lui a fait se dire que c’était ça qui avait une chance se la soulager alors elle m’a consulté et la séance lui a donné raison.
Je me suis dit alors qu’il fallait être plus exhautif dans les cas clinique, tout en restant anonyme, afin que quelqu’un puisse trouver précisément ce qu’il cherche. C’est l’objectif de cet article.
Je vais vous présenter des situations rencontrées au cabinet, avec les détails qui peuvent permettre à certains patients de se reconnaître : la manière dont le symptôme est apparu, ce qui l’aggravait ou le soulageait, les consultations déjà réalisées, les éléments retrouvés lors de l’examen et l’évolution après la prise en charge.
Peut-être que vous ne vous reconnaîtrez dans aucun de ces cas. Mais peut-être qu’en lisant l’un d’eux, vous vous direz : « C’est exactement ce que j’ai. ». C’est précisément pour cette raison que je les ai réunis ici.

1. Quand un choc dans le pied déclenche un mal de dos
Un patient de 65 ans se présente au cabinet pour une douleur vive dans le bas du dos, apparue quelques jours auparavant alors qu’il marchait en forêt.
En avançant, son pied a heurté une racine. Le choc lui a immédiatement fait mal au pied et a surtout interrompu brutalement le mouvement de sa jambe.
Ce type d’arrêt soudain peut entraîner une réaction de protection de l’ensemble du corps. Dans son cas, l’examen mettait notamment en évidence des tensions importantes au niveau de la région lombaire.
Le travail n’a donc pas consisté à s’intéresser uniquement au dos. La jambe et le pied ont également été pris en compte afin de comprendre comment le mouvement avait été interrompu et comment les différentes tensions s’étaient organisées.
Après le traitement, la mobilité et les douleurs se sont rapidement améliorées.
Cette situation illustre une idée importante : une douleur lombaire peut parfois apparaître à la suite d’un événement qui s’est produit à distance, et pas nécessairement à la suite d’un problème initialement situé dans le dos.
2. Une cheville gonflée après une torsion.
Un homme de 63 ans consulte pour une cheville gonflée, qui rend la marche difficile et douloureuse.
La discussion fait apparaître un élément intéressant : quelques jours auparavant, il avait subi une torsion de la jambe. L’événement ne lui avait pas semblé particulièrement grave et il n’avait pas présenté d’autre symptôme inquiétant.
Lors de l’examen, je retrouve une sensation de restriction et de torsion entre le tibia et le péroné, ainsi que des tensions musculaires autour de la jambe.
Le traitement consiste à relâcher progressivement les tissus environnants et à redonner de la mobilité à la jambe, avec des mobilisations douces.
Après la séance, le gonflement avait diminué et la marche était redevenue indolore.
Il est difficile, à partir de cette seule observation, d’affirmer précisément pourquoi le gonflement a diminué. On peut néanmoins envisager qu’une modification des contraintes mécaniques locales ait pu favoriser un meilleur fonctionnement des tissus et de la circulation.
Une cheville gonflée après un traumatisme mérite cependant toujours d’être surveillée, car certaines causes nécessitent un avis médical.
3. Le lumbago après avoir porté une charge en se tournant
Un homme de 53 ans consulte pour une douleur lombaire apparue brutalement après avoir porté une charge tout en effectuant une rotation du tronc.
C’est une situation très classique du lumbago.
L’examen met en évidence une importante réaction musculaire autour de la région lombaire. Les muscles semblent s’être fortement contractés, limitant les mouvements et entretenant la sensation de blocage.
Le traitement consiste d’abord à diminuer ces tensions, puis à redonner progressivement de la mobilité aux articulations qui participent au mouvement.
La douleur diminue rapidement au cours de la prise en charge.
Dans ce type de situation, la douleur peut être en partie liée à la réaction musculaire et aux contraintes mécaniques qui apparaissent autour des articulations. Cela explique notamment pourquoi certaines lombalgies aiguës peuvent s’améliorer très rapidement lorsque la composante mécanique et musculaire est importante.
Mais toutes les lombalgies ne fonctionnent pas de cette manière. Lorsqu’une inflammation, une lésion tissulaire ou une autre cause est présente, l’évolution peut être très différente.
4. Une douleur de type sciatique après avoir retenu son chien
Une femme de 60 ans consulte pour une douleur descendant dans la jambe, évoquant un trajet de type sciatique.
En cherchant ce qui a précédé l’apparition des symptômes, un événement retient mon attention : quelques jours auparavant, son chien avait brusquement tiré très violemment sur la laisse.
Sur le moment, elle avait surtout ressenti la traction dans le bras.
Mais pour retenir un chien qui tire soudainement, le corps ne réagit pas uniquement avec le bras. L’ensemble de la chaîne musculaire participe au mouvement, notamment le tronc et les membres inférieurs.
Lors de l’examen, je retrouve notamment des tensions importantes autour de l’épaule. Le travail de cette région permet de diminuer une partie des tensions qui se prolongent à travers les chaînes musculaires du dos, notamment au niveau du grand dorsal.
Progressivement, la région lombaire se détend et les symptômes diminuent.
Cette situation rappelle qu’un événement apparemment localisé — ici une traction sur le bras — peut provoquer une réaction de l’ensemble du corps.
Cela ne signifie évidemment pas que toute douleur de type sciatique provient de l’épaule. Une douleur suivant le trajet du nerf sciatique peut avoir de nombreuses causes et certaines nécessitent un diagnostic médical.
5. Trois lombalgies, trois histoires différentes
L’une des premières choses qui m’ont donné envie d’écrire sur les lombalgies est la diversité des situations rencontrées au cabinet.
Trois personnes peuvent consulter pour exactement la même plainte : « j’ai mal au bas du dos ».
Pourtant, l’histoire peut être complètement différente.
L’une peut avoir déclenché sa douleur en portant une charge. Une autre peut avoir réagi à un mouvement brutal du pied. Une troisième peut présenter des tensions liées à une mauvaise adaptation posturale.
Le symptôme est identique dans sa localisation, mais le contexte d’apparition et les éléments retrouvés lors de l’examen ne sont pas les mêmes.
C’est pourquoi je préfère toujours commencer par essayer de comprendre comment la douleur est apparue avant de chercher simplement « où ça fait mal ».
Vous pouvez retrouver cette réflexion plus en détail dans mon article consacré aux lombalgies : Mal de dos, lombalgie : comprendre les différentes origines possibles.
6. Un genou douloureux après une chute : quand il faut laisser le temps aux tissus
Un homme de 70 ans trébuche dans la forêt et se fait mal au genou.
L’examen retrouve bien quelques restrictions de mobilité et des tensions musculaires autour du membre inférieur. Une légère sensation de torsion est également perceptible autour du genou.
Le travail de ces éléments améliore la mobilité, mais une douleur très précise persiste.
C’est un élément important : tout ce qui est retrouvé lors d’un examen n’explique pas nécessairement le symptôme principal.
Une fois les tensions musculaires et les restrictions de mobilité corrigées, il n’y a plus d’élément mécanique évident permettant d’expliquer cette douleur persistante.
Dans cette situation, je l’oriente donc vers son médecin pour poursuivre les investigations.
Les examens mettent en évidence un épanchement de l’articulation du genou, compatible avec une réaction consécutive au traumatisme.
Dans ce cas, il n’était pas question de chercher à « débloquer » le genou à tout prix. Lorsque les tissus ont été sollicités ou lésés, le temps de récupération et de cicatrisation fait partie du processus.
L’objectif de l’ostéopathie est alors de savoir reconnaître ses limites et de laisser la place aux examens et au suivi médical lorsque cela est nécessaire.
7. Une douleur précise dans le pied chez une coureuse
Une femme de 50 ans, qui pratique régulièrement la course à pied, consulte pour une douleur apparue brutalement au niveau du pied.
L’examen ne retrouve ni spasme musculaire important, ni restriction mécanique évidente pouvant expliquer cette douleur très localisée.
En revanche, un point extrêmement précis reste douloureux à la palpation.
Ce détail attire mon attention.
Plutôt que de chercher absolument une explication ostéopathique à cette douleur, je lui conseille de consulter son médecin afin de poursuivre les investigations.
Les examens mettent finalement en évidence une fracture de fatigue d’un métatarse.
Cette situation est particulièrement intéressante car elle montre qu’un bilan manuel peut parfois permettre de constater qu’une douleur ne correspond pas à ce que l’on pourrait raisonnablement expliquer par un simple problème de mobilité ou de tension musculaire.
Savoir orienter un patient vers un médecin fait donc également partie de la prise en charge.
8. Une tendinite du fascia lata et une posture déséquilibrée
Une patiente de 42 ans consulte pour une douleur correspondant à une tendinite du fascia lata.
Lors de l’examen, j’observe une organisation posturale générale qui semble perturber l’équilibre du corps. L’alignement entre la tête, le tronc et le bassin n’est pas particulièrement harmonieux.
Je décide donc de ne pas travailler uniquement sur la zone douloureuse.
Le traitement commence au niveau du bassin puis remonte progressivement à travers le dos afin de retrouver une meilleure organisation générale.
La patiente ressent rapidement une amélioration.
Dans son cas, il est possible que certaines habitudes posturales, notamment liées aux positions assises prolongées, aient participé à entretenir les contraintes exercées sur la région latérale de la cuisse.
Il faut toutefois rester prudent : une mauvaise posture observée ne constitue pas nécessairement la cause unique d’une tendinopathie.
Elle peut simplement participer au problème parmi d’autres facteurs.
9. Quand de nouvelles chaussures changent la façon de se tenir
Un homme de 37 ans consulte pour un mal de dos accompagné d’une sensation de raideur.
En discutant avec lui, un changement récent attire mon attention : quelques jours avant l’apparition des symptômes, il avait acheté de nouvelles chaussures.
Elles possédaient une semelle particulièrement épaisse et très souple.
Cela peut sembler anodin, mais changer de chaussures modifie parfois les sensations sous le pied et donc la manière dont une personne perçoit ses appuis.
Dans son cas, l’examen retrouve une augmentation des tensions musculaires lombaires.
L’hypothèse était que cette nouvelle façon de prendre appui pouvait demander davantage de travail musculaire pour maintenir son équilibre.
Nous décidons donc de modifier les chaussures et de travailler parallèlement sur les tensions présentes au niveau du dos.
Les symptômes diminuent progressivement.
Cette situation ne signifie pas que les chaussures à semelles épaisses sont mauvaises en elles-mêmes. Elle rappelle simplement qu’une chaussure adaptée à une personne ne l’est pas nécessairement à une autre.
10. Une douleur du pied persistante malgré une prise en charge adaptée
Une patiente de 40 ans consulte au cabinet pour une douleur plantaire diagnostiquée par son médecin comme une aponévrosite plantaire, associée à la présence d’une épine calcanéenne. Le problème évolue depuis environ six mois.
Elle bénéficie déjà d’un suivi médical et de séances de kinésithérapie. Malgré cette prise en charge, l’amélioration reste insuffisante et la gêne persiste notamment lors de la marche.
Plutôt que de reproduire ce qui avait déjà été entrepris, l’objectif de la consultation est alors de rechercher d’autres éléments susceptibles de participer au maintien de la contrainte exercée sur le pied.
Lors de l’anamnèse, un élément attire mon attention : environ trois mois avant l’apparition des douleurs plantaires, la patiente avait bénéficié d’une intervention dentaire. L’intervention s’était très bien déroulée et ne constituait pas en elle-même un problème. En revanche, le délai entre cet événement et l’apparition des symptômes m’a conduit à m’interroger sur l’existence éventuelle d’une adaptation posturale progressive.
J’ai donc intégré l’examen de la mâchoire, de la tête et de la région cervicale à mon bilan. Certaines tensions et restrictions de mobilité ont été retrouvées et traitées au cours de la séance.
Le changement a été immédiat : dès la fin de la consultation, la patiente décrit une sensation de confort nettement supérieure au niveau de ses pieds lors de la marche.
Au cours de la semaine suivante, l’amélioration s’est poursuivie jusqu’à la disparition de la gêne qui persistait depuis plusieurs mois.
Ce cas ne signifie évidemment pas qu’une intervention dentaire provoque une aponévrosite plantaire, ni qu’un traitement de la mâchoire permettrait systématiquement de traiter ce type de douleur. Il illustre plutôt l’intérêt, dans certaines situations, de ne pas limiter l’analyse à la zone douloureuse.
Dans cette situation particulière, l’examen a permis d’identifier des éléments à distance, notamment au niveau de la sphère crânio-cervico-mandibulaire, qui pouvaient s’inscrire dans une adaptation posturale globale. La prise en compte de ces éléments, en complément du suivi médical et kinésithérapique déjà réalisé, a coïncidé avec une amélioration rapide des symptômes.
11. Une douleur sous la malléole après une longue marche
Une femme de 50 ans consulte pour une douleur légère située sous la malléole externe.
La douleur est apparue après une longue marche effectuée avec des chaussures de ville qu’elle n’avait pas l’habitude de porter sur une aussi longue distance.
L’examen retrouve une restriction de mobilité au niveau du pied, avec une sensation de torsion de la voûte plantaire et plusieurs zones qui semblent manquer de mobilité.
Le pied a probablement été fortement sollicité pendant cette marche.
Le travail consiste alors à redonner progressivement de la mobilité aux différentes articulations et aux tissus du pied.
La douleur diminue rapidement.
Cette situation paraît simple, mais elle rappelle que le pied est soumis à des contraintes considérables lors de la marche. Une chaussure peu adaptée, une durée inhabituelle de marche ou simplement une augmentation trop rapide de l’activité peuvent modifier les contraintes exercées sur le pied.
12. Quand un durillon entretient une mauvaise façon de marcher
Une femme de 55 ans consulte pour une boiterie accompagnée de douleurs au niveau de la fesse et du genou.
L’examen retrouve des tensions autour du bassin qui pourraient participer à cette gêne.
Mais un autre élément attire mon attention : un durillon important est présent sous le pied opposé à la zone douloureuse.
Ce détail peut sembler sans rapport avec le problème initial.
Pourtant, un durillon douloureux ou gênant peut conduire une personne à modifier inconsciemment ses appuis afin d’éviter de charger la zone concernée.
Cette adaptation peut ensuite modifier la façon de marcher et solliciter différemment le bassin, le genou ou la hanche.
Dans cette situation, je lui conseille donc également de consulter un pédicure-podologue afin de prendre en charge le problème du pied.
L’objectif n’est pas simplement de traiter la douleur du genou ou de la fesse, mais de chercher ce qui peut entretenir la façon de marcher qui les provoque ou les aggrave.
13. Un jeune homme avec une lombalgie et une bascule du bassin
Un homme de 22 ans consulte pour des douleurs lombaires régulières.
L’examen met en évidence une organisation posturale particulière, avec notamment une bascule assez importante du bassin.
Après différents tests, une question se pose : existe-t-il une différence de longueur entre les deux membres inférieurs pouvant participer à cette organisation posturale ?
À ce stade, il ne serait pas sérieux de conclure simplement à « une jambe plus courte » à partir d’une observation posturale.
Je lui conseille donc de consulter son médecin et un podologue afin de vérifier cette hypothèse avec les examens et mesures appropriés.
Ce cas est intéressant parce qu’il rappelle une règle essentielle : une observation lors d’un bilan peut être une piste de réflexion, mais une piste n’est pas encore un diagnostic.
Le rôle du praticien est aussi de savoir quand une question dépasse ce qui peut être déterminé lors d’un examen ostéopathique et nécessite l’intervention d’un autre professionnel.
14. Zona qui a fait basculer vers la fatigue générale
Il s’agit d’une patiente de 80 ans qui consulte pour une raideur cervicale présente depuis plusieurs semaines.
Au cours de l’anamnèse, elle m’explique qu’il y a environ deux ans, elle a souffert d’un zona lombaire gauche. Cet épisode l’a énormément fatiguée et a marqué un véritable tournant pour elle. Auparavant en très bonne santé, elle a eu le sentiment que cet épisode l’avait quelque peu « fait entrer dans la vieillesse ».
Depuis cet épisode, j’observe une perte de mobilité au niveau du dos. Même si les douleurs liées au zona ont aujourd’hui disparu, les conséquences sur sa posture semblent persister. Son dos a progressivement tendance à s’enrouler vers l’avant, ce qui peut, au fil du temps, contribuer à une perte de mobilité et à une raideur croissante du haut du dos.
Le traitement ostéopathique m’a donc conduit à travailler dans un premier temps sur les lombaires, afin de redonner de la mobilité aux tissus et notamment aux fascias du dos. J’ai ensuite progressivement remonté vers la région de l’omoplate et du trapèze, avant de pouvoir travailler plus spécifiquement sur les muscles du trapèze.
La patiente décrit également une sensation de « déchirure » au niveau du trapèze supérieur, qui reste gênante au quotidien. Cette zone présentait elle aussi une certaine perte de mobilité et de force, que j’ai pu prendre en compte au cours du traitement.
Elle a par ailleurs la sensation d’avoir la tête lourde et éprouve des difficultés à la maintenir. On peut notamment envisager qu’une diminution de la force musculaire participe à cette sensation et rende le maintien de la tête plus difficile.
Cependant, j’ai également remarqué que la position de sa tête et de ses cervicales semblait en partie influencée par sa posture générale, avec un dos qui a tendance à s’enrouler vers l’avant et une tête qui se retrouve légèrement projetée ou inclinée.
L’objectif n’est donc pas uniquement de travailler directement sur les cervicales. En redonnant progressivement de la mobilité et une meilleure extension au niveau du dos, on peut espérer permettre à la tête de retrouver une position plus adaptée. Cela pourrait ainsi faciliter le travail des muscles cervicaux et, progressivement, améliorer leur capacité à maintenir la tête.
15. Une aponévrosite plantaire qui ne semblait pas uniquement concerner le pied
Une patiente de 50 ans consulte au cabinet pour une douleur du pied diagnostiquée par son médecin comme une aponévrosite plantaire. Une épine calcanéenne est également visible à la radiographie, mais celle-ci était déjà connue depuis plusieurs années. La patiente avait d’ailleurs déjà présenté un épisode similaire par le passé, qui avait fini par disparaître.
Depuis environ trois mois, les douleurs sont réapparues. La patiente bénéficie d’un suivi médical et de séances de kinésithérapie, mais malgré cette prise en charge, la gêne persiste, notamment à la marche.
Elle présente par ailleurs un contexte mécanique pouvant solliciter davantage le pied, notamment un surpoids, ainsi qu’un antécédent de douleurs au genou.
Lors de mon examen, je suis cependant frappé par le fait que le pied ne présente pas de signes particulièrement importants pouvant expliquer, à eux seuls, l’intensité et la persistance des symptômes : peu de signes inflammatoires, pas de raideur tissulaire particulièrement marquée et pas de restriction évidente expliquant l’ensemble du tableau.
Je me pose alors une autre question : et si le pied était davantage le récepteur des contraintes que leur véritable origine ? Une modification de la répartition des appuis ou une adaptation posturale pourrait en effet contribuer à augmenter les contraintes exercées sur le pied, même lorsque celui-ci ne présente pas d’anomalie majeure à l’examen.
L’anamnèse apporte alors un élément intéressant. Quelques temps avant la réapparition des douleurs, la patiente avait bénéficié d’une intervention dentaire au niveau de la mâchoire. Comme dans certains autres cas rencontrés au cabinet, cet élément me conduit à intégrer la sphère maxillo-mandibulaire à mon bilan, sans pour autant établir de lien de causalité direct entre l’intervention dentaire et la douleur du pied.
L’examen met effectivement en évidence des restrictions et des tensions au niveau de la mâchoire et de la région cervicale. Compte tenu de ses antécédents de douleur au genou, j’intègre également celui-ci à mon approche afin de prendre en compte l’ensemble de la chaîne posturale plutôt que de me concentrer uniquement sur la zone douloureuse.
Après la séance, la patiente ressent rapidement une nette amélioration du confort de son pied, notamment lors de la marche. Cette amélioration se confirme dans les jours qui suivent, avec une diminution puis une disparition des douleurs qui persistaient depuis environ trois mois.
Ce cas m’a surtout rappelé qu’une douleur plantaire ne doit pas nécessairement être analysée uniquement à partir du pied. La présence d’une épine calcanéenne à la radiographie constitue un élément du bilan, mais elle ne permet pas à elle seule de déterminer ce qui entretient les symptômes à un instant donné.
Dans cette situation, l’examen global, intégrant notamment le genou, la région cervicale et la sphère maxillo-mandibulaire, a permis d’envisager l’hypothèse de contraintes posturales à distance. Leur prise en compte, en complément de la prise en charge médicale et kinésithérapique déjà réalisée, a été suivie d’une amélioration rapide des symptômes.
16. Une douleur sous le pied qui semblait venir d’ailleurs
Une patiente de 45 ans consulte au cabinet pour une douleur apparue récemment sous le pied. Elle se demande s’il pourrait s’agir d’une aponévrosite plantaire, mais n’a pas encore consulté son médecin et aucun diagnostic n’a été posé à ce stade. Elle n’a donc pas encore bénéficié de traitement spécifique ni de séances de kinésithérapie.
La consultation constitue ainsi sa première démarche pour comprendre cette douleur.
Comme dans mes autres bilans, je ne me limite pas à l’examen de la zone douloureuse. J’effectue un bilan global afin de rechercher d’éventuels facteurs mécaniques ou posturaux pouvant participer à la répartition des contraintes sur le pied.
Le pied présente bien quelques tensions, mais rien de particulièrement marqué ou suffisamment caractéristique pour expliquer à lui seul la gêne décrite. Je commence donc par travailler sur l’ensemble des éléments qui peuvent influencer les appuis et la posture. Ce type de prise en charge peut déjà apporter un meilleur confort, même lorsque la cause exacte de la douleur reste à déterminer.
L’anamnèse fait alors ressortir un élément qui attire mon attention : la patiente avait auparavant bénéficié d’une intervention dentaire.
Ce contexte, associé à plusieurs observations similaires rencontrées précédemment, m’amène à intégrer la sphère maxillo-mandibulaire à mon examen. Je retrouve alors une différence de mobilité et de tension d’un côté à l’autre au niveau de la mandibule, notamment dans une zone anatomique située à proximité d’un nerf régulièrement concerné lors des anesthésies dentaires.
Je travaille de manière précise autour de cette région, sur les tissus musculaires et fascials qui l’entourent, sans intervenir directement sur le nerf lui-même.
Une modification est ressentie immédiatement au niveau de la mâchoire. La patiente décrit une sensation de relâchement et de confort dans cette région, alors qu’elle n’avait pas identifié auparavant de douleur particulière à cet endroit.
Dans le même temps, elle constate une amélioration du confort lors de la marche et une sensation différente sous le pied.
Cette évolution rapide est intéressante, mais elle ne permet évidemment pas à elle seule d’affirmer que la douleur plantaire était liée à la mâchoire ou à l’intervention dentaire. Il s’agit d’une observation clinique ponctuelle, qui m’a simplement conduit à envisager une participation possible de cette région dans son schéma de contraintes.
La patiente ayant constaté une amélioration importante, elle n’a pas entrepris de consultation médicale dans les jours suivants. Je lui ai néanmoins indiqué que si la douleur persistait, s’aggravait ou réapparaissait, il était important de consulter son médecin afin de confirmer le diagnostic et d’effectuer, si nécessaire, les examens appropriés.
Ce cas illustre surtout l’intérêt d’un examen global lorsqu’une douleur apparaît dans une zone où les signes locaux ne semblent pas suffisants pour expliquer l’ensemble des symptômes. Parfois, la recherche d’une adaptation à distance permet d’ouvrir une autre piste de réflexion, en complément des prises en charge médicales lorsqu’elles sont nécessaires.
17. Un craquement de la mâchoire qui persiste malgré la disparition de la douleur
Une patiente de 50 ans consulte quelques mois après avoir ressenti un craquement brutal au niveau de son articulation temporo-mandibulaire droite, immédiatement associé à une douleur.
Dans les jours qui ont suivi, la douleur était suffisamment importante pour l’empêcher de mâcher du côté droit. Heureusement, elle a progressivement disparu en une semaine environ. En revanche, un petit claquement est resté présent lors des mouvements de la mâchoire.
Lorsque je la rencontre, plusieurs mois se sont donc écoulés depuis l’épisode initial. La douleur n’est plus là, mais le bruit articulaire persiste, notamment lorsqu’elle mange ou lorsqu’elle se brosse les dents.
L’examen met notamment en évidence une occlusion particulièrement serrée. La patiente a tendance à exercer une pression importante lorsqu’elle serre les dents, ce qui constitue un élément intéressant à prendre en compte dans l’analyse des contraintes exercées sur l’articulation.
Je commence donc par rechercher les différentes tensions pouvant participer à cette contrainte. Le travail porte notamment sur les muscles de la mastication, en particulier le muscle temporal, mais également sur les tissus autour de l’ATM et sur la mâchoire elle-même.
Un travail plus précis est également réalisé en intra-buccal afin de rechercher les zones de tension et d’améliorer la mobilité de la mandibule. Progressivement, la patiente ressent que sa mâchoire se place plus facilement, que son mouvement devient plus fluide et qu’elle serre moins fort les dents.
L’amélioration n’est cependant pas immédiate ni complète. Le claquement persiste, mais il devient progressivement moins marqué et moins gênant. Les séances successives permettent de poursuivre le relâchement des tissus de la tête et de la mâchoire et de gagner peu à peu en souplesse articulaire.
Au fil des mois, l’évolution devient de plus en plus favorable. La patiente décrit une nette diminution du craquement et surtout une sensation de mouvement beaucoup plus fluide qu’auparavant. Le phénomène est encore légèrement perceptible lorsqu’elle sollicite fortement la mâchoire, par exemple en mangeant quelque chose de dur, mais il est nettement moins important qu’au début.
Le travail est alors poursuivi sur l’ensemble des tissus de la tête et de la mâchoire, avant de terminer par un travail crânio-sacré visant à accompagner l’équilibre global des tensions.
Ce cas est intéressant parce qu’il montre qu’un craquement articulaire peut persister longtemps après la disparition d’une douleur aiguë. Il rappelle également l’importance de rechercher les contraintes qui s’exercent autour de l’articulation : serrage des dents, tensions musculaires, mobilité de la mandibule et souplesse des tissus environnants.
Dans ce cas précis, l’amélioration s’est construite progressivement. Le claquement n’a pas disparu immédiatement, mais il est devenu beaucoup plus discret et le mouvement de la mâchoire beaucoup plus fluide.
Un craquement isolé ne permet toutefois pas, à lui seul, de déterminer précisément ce qui se passe à l’intérieur de l’articulation. En cas de douleur persistante, de blocage, de limitation de l’ouverture de la bouche ou d’aggravation des symptômes, un bilan auprès d’un chirurgien-dentiste ou d’un spécialiste de l’ATM reste indiqué. Dans ce cas la patiente était suivie par son dentiste.