L’objectif de cet entretien était de faire connaissance avec la vision du chirurgien sur l’opération. C’est le témoignage d’une rencontre entre un jeune ostéopathe qui cherche à connaître le monde de la chirurgie et un chirurgien d’expérience ouvert à la transmission. Je remercie le Docteur Régnaud pour son accueil chaleureux, le temps qu’il a consacré à cette entrevue et j’espère qu’il y aura d’autre occasions d’échanger sur son métier.

  • Dialogue avec le patient avant de déterminer l’indication d’opérer. Présenter l’opération.

Question : Quelles sont les questions qui vous sont posées par les patients le plus souvent et quelles sont les indications pour l’opération ?

Dr Régnaud : Ma règle numéro un est de dire que dans la prothèse il n’y a jamais d’indications. C’est le patient qui va décider si on y va, après avoir tout essayé pour l’éviter. Les patients posent des questions sur les matériaux de la prothèse, le coût, la durée. Il n’y a pas de podium des questions les plus fréquentes, c’est très variable mais peu demandent les risques de l’opération. Par contre il y a des questions auxquels ils ont besoin d’avoir une réponse avant de pouvoir passer à autre chose. C’est pour cela que nous avons un document très complet de quinze pages qui présente toutes les conditions de l’opération et permet de faire émerger certaines questions. Je prends bien le temps d’expliquer tous les paramètres à mes patients.

Dans certains cas, il m’arrive d’insister sur la sensibilisation. Informer le patient pour l’aider à franchir le cap, en particulier chez les personnes de plus de quatre-vingts ans. Ils peuvent ne pas en ressentir l’utilité alors que l’indication est posée. Cela peut leur changer la vie donc on fait un travail de sensibilisation et ensuite l’anesthésiste dira si c’est prudent ou non au vu du reste de la santé de la personne. A contrario certains patients (plutôt chez les jeunes retraités) insistent pour avoir l’opération alors que le médecin estime que c’est trop tôt.

Question : Comment validez-vous l’indication ?

Dr Regnaud : D’abord je regarde le patient avant la radiographie pour ne pas être influencé. L’imagerie ne correspond pas toujours à l’invalidité causée. Je regarde la douleur, la mobilité, la déformation importante, comment il est invalidé dans ses gestes du quotidien, la réduction du périmètre de marche, douleurs la nuit. Puis je présente tout le « menu » avant l’opération, médicaments, semelle et au bout prothèse.

  • Votre rapport à l’acte chirurgical et son évolution.

Question : Votre rapport au matériel et la technique de pose de la prothèse ?

Dr Régnaud : Les premières prothèses étaient articulées dans un seul axe rigide donc c’était plutôt moyen. Aujourd’hui la prothèse reproduit plus fidèlement l’anatomie du genou avec la congruence, les différentes tailles. Il y a selon les chercheurs/inventeurs plusieurs philosophies entre les prothèses totales, partielles, celles qui gardent ou non les ligaments croisés, les matériaux etc… A mon sens, quel que soit le modèle de prothèse récente, si c’est bien mis ça va marcher. C’est le vieil adage « tu fais bien ce que tu as l’habitude de poser ». J’utilise un modèle dont je maitrise la technique.

Par exemple : La transmission d’expérience avec d’autres chirurgiens va m’apporter une sorte d’évolution dans ma pratique qui me permet de réussir plus facilement certaines opérations, par exemple la ligamentoplastie du genou.

Question : Combien de prothèses posez vous chaque année ?

Dr Régnaud : J’interviens en orthopédie générale donc je fais aussi les pieds, les hanches, les bras mais maintenant nous avons des collègues spécialisés dans le membre supérieur, donc je me consacre davantage au membre inférieur. Cela représente une cinquantaine de prothèses du genou par an. Aujourd’hui il y a beaucoup plus de prothèse de genou en première intention avec des résultats qui se rapprochent de ceux de la hanche. Pour le moment, c’est environ quarante cinq pour-cent qui sont pleinement satisfaits et qui en oublient la présence de la prothèse. Un autre quarante cinq pour-cent qui ont parfois des petites gênes mais cela leur a tellement changé la vie qu’ils le referaient les yeux fermés. Il reste un dix pour-cent de gens qui peuvent être déçus parce qu’ils imaginaient une plus grande amélioration de l’amplitude par exemple et cela rejoins la notion d’information préalable dont on a parlé précédemment.

Question : Cela lève t-il en vous de l’humilité ?

Dr Régnaud : Oui en effet, on s’applique à faire la même chose, la même technique et la plupart du temps cela fonctionne et parfois pas comme on voudrait. Certains facteurs restant inconnus.

Question : Votre rapport personnel à l’acte d’opérer ?

Dr Régnaud : La préparation d’une opération est un travail d’équipe. Il y a les secrétaires, les assistants, son instrumentiste avec qui on a développé une affinité, l’anesthésiste, et en même temps c’est aussi un geste très individuel. Pour ce qui est de l’acte chirurgical, l’expérience me permet aujourd’hui d’être moins stressé qu’au début évidemment.

Une chose qui est un peu éloignée mais qui parle un peu de mon rapport à l’opération, c’est d’opérer des gens de ma famille, c’est arrivé beaucoup et sans aucune crainte supplémentaire pour moi. La première fut ma grand-mère qui insistait pour que ce soit moi. Je me revois bien lors de l’opération, une fois que les champs ont été mis, il y a un vide qui se fait et cela devient « une hanche » et j’étais entièrement concentré sur le geste.

  • La transmission du savoir et de la technique dans votre métier ?

Dr Régnaud : Les jeunes chirurgiens sont très bien formés à la technique dans leurs cursus. Ensuite il y a le facteur de croissance, l’expérience qu’il va acquérir au travers de sa propre expérience.

Au travers des rencontres, des cours post-gradués, le chirurgien acquiert de nouvelles informations qui vont l’aider à développer sa pratique. C’est une forme de compagnonnage, de partage. Certains vont croître auprès de grands maitres de la chirurgie. C’est très répandu en chirurgie, il y a cette transmission avec les grands chirurgiens qui ont des services et des internes qui reçoivent son enseignement. D’autres vont multiplier les rencontres avec des spécialités.

En ce qui me concerne, j’ai connu un grand service général de chirurgie lorsque j’étais interne où il m’avait été donné d’évoluer en chirurgie viscérale, mais moi je voulais faire de l’orthopédie donc j’ai pris ma voie. J’ai suivi pendant un temps un spécialiste qui m’avait pris un peu sous son aile. Parfois ce sont les laboratoires qui nous mettent en relations et ça m’a permis de rencontrer des collègues et en les voyant pratiquer j’ai appris des astuces qui facilitent certains gestes.

Curriculum vitae du Docteur Rodolphe Régnaud

Ostéopathie et prothèse de genou